dimanche 2 septembre 2012



Je travaille à Toulouse et à Paris.
J'ai publié à ce jour une centaine de livres pour les enfants, avec une prédilection pour les lecteurs de maternelle. Je voyage beaucoup pour aller à la rencontre de mes lecteurs, ce que j' affectionne particulièrement.

J'ai mené récemment des ateliers et des rencontres à New-York, Londres, Munich, Francfort, Palerme, Vienne, Meknès, Casablanca, Tokyo, Singapour, Nouméa, Barcelone, Madrid, Valence...et dans beaucoup de villes en France.


Mes livres sont pour certains traduits à l'étranger.
En Allemagne, en Argentine, au Brésil, au Canada, en Catalogne,  en Corée, en Chine, en Espagne, aux Etats-unis, en Italie, en Norvège, aux Pays-bas, au Portugal, en Thaîlande..

J'ai obtenu plusieurs prix dont le prix des incorruptibles deux fois, le prix Libbylit ou le 
prix Sorcière en 2015. Et récemment le Clel Bell award aux Etats-unis.

Je suis en train d'écrire de nouvelles histoires avec une vraie jubilation...





























" Depuis que je circule et que je discute avec les enfants de Maternelle je suis
constamment émerveillé.

Les petits yeux que je croise sont toujours prêts à me suivre à condition qu'il y ait une cohérence dans mon discours. Je peux faire le clown, jouer, écrire pour eux...ils sont toujours ouverts. Mais il sont très exigents.

Ils sont exigents car ils n'ont pas de temps à perdre. Leurs journées sont remplies de découvertes, de demandes, d'expériences passionantes. Alors si je ne les embarque pas dans quelque chose de fort ils se tournent vers la première mouche qui passe et qui leur raconte quelque chose de bien plus intéressant à leur yeux.

Les petits vivent de manière intense et leur appétit est sans fin.

Ecrire pour eux demandent beaucoup de patience, beaucoup de simplicité, beaucoup de remise en cause, beaucoup de beaucoup.

Oh ! On peut toujours leur écrire des histoires « miroirs »du quotidien. Mais je n'ai j'amais compris l'intérêt de ces histoires souvent pauvres et ne donnant que très peu de grain à moudre. Pourtant elles sont en grande majorité dans les publications.

Ce qui me semble essentiel c'est leur prouver qu'à partir de trois petits bouts de papier peut naître une histoire. Une histoire qui soit la vie, pas une histoire qui parle de la vie.

Henry Miller a écrit, à propos du clown, « Le clown c'est le poête en action. Il est l'histoire qu'il joue ».

Nous devons être dans cet état quand on écrit pour les tout-petits. Etre tout a fait disponible et leur donner de vraies créations.

Il faut leur expliquer qu'un petit morceau de carton et de papier, un livre, peut véhiculer de l'âme et que l'on peut être infiniment plus heureux en feuilletant un livre que dans la jouissance de biens superficiels.

La meilleure façon de leur prouver c'est de faire des livres qui soient des pladoyers à la liberté de créer. Leur prouver qu'avec trois petits ronds de couleur on peut écrire une histoire qui prenne sens. Comme Petit bleu et Petit jaune.

Car savoir vivre c'est souvent savoir inventer et le bonheur réside souvent
dans la création bien plus que dans la consommation, même si notre société
laisse croire au contraire.



Quand j'étais étudiant aux beaux-arts, Edward Barhan, peintre polonais de grand talent, nous avait mimé la soirée de Noël de son enfance. Il nous avait raconté les merveilleux souvenirs qui l'habitaient depuis toujours. Il était question d'un petit cheval de bois aux couleurs vives qui l'avait fortement impressioné.Il était ému aux larmes en nous parlant de ce petit cheval qui avait pourtant une patte cassé, la crinière à demi arrachée et la peinture écaillée.

Cela a très tôt renforcé ma conviction qu'un livre ne doit pas être esthétique, sympa, joli, bien écrit, bien dessiné...

Non, un livre c'est comme un clown, il doit être vivant.
Comme le cheval d'Edward Barhan.

Selon Victor Hugo, la forme c'est le fond qui remonte à la surface. Il s'agît bien de cela, faire fi de notre savoir-faire technique, être libre et laisser parler l'émotion qui est en nous pour la donner toute entière aux enfants dans nos livres.

A une élève qui dessinait de manière très « sympa », ce cher professeur a demandé de regarder sa palette en lui disant qu'elle était beaucoup plus intéressante et instructive que son dessin.

Regardez les tout-petits et vous verrez qu'ils agissent de même.

Alors, quand j 'écris, le petit cheval de monsieur Brahan n'est jamais loin et m'emmène sur des sentiers infiniment riches. Avec lui je saute les obstacles que sont les belles images et les phrases toutes faites pour aller galoper dans des prairies que sont les vraies histoires.

Le moment ou l'on écrit pour les enfants doit être un moment de vie intense, il faut être relié au monde.

Et il faut leur laisser de la place dans nos livres pour qu'ils prennent part à cette vie et à cette belle aventure qu'est la culture..."


Texte paru dans la revue SPIRALE n°56,"Naître au monde et à la culture", aux éditions Erès.